|
|
MUSTAGH ATA 2006 |
Nous avons choisi d'arriver en Chine par le Pakistan le long de la Karakorum Highway (a)
Afin de nous préparer à l'ascension du Mustagh Ata, nous avons effectué un trek de 5 jours au Pakistan dans le massif du Diran Peak et du Rakaposhi. Depuis le village de Miniapin (entre Gilgit et Karimabad), situé à 2000 m, nous sommes montés au camp de base du Rakaposhi à 3460m.
![]() |
![]() |
![]() |
Nous avons séjourné face à ces deux géants (Diran : 7200 et Rakaposhi : 7788) durant 4 jours. Nous avons effectuer des marches d'acclimatations et un sommet de 4700 m sur les contreforts du Rakaposhi, sommet constitué d'un premier couloir, d'une arête rocheuse puis d'une arête en neige. Ne connaissant pas son nom, notre ami Daniel l'aura nommé : le "trop de la balle" !!. Cette première phase d’acclimatation était nécessaire et deviendra par la suite une des clés de notre succès. Nos yeux n’ont pas été épargnés par la rare beauté de cette haute vallée de la Hunza, dépaysement et plénitude garantie…
|
![]() |
![]() |
![]() |
De
camp de base à camp de base, l'ascension aura durée 12 jours (1 juillet au 23
juillet), ce qui est plutôt court pour ce sommet mais qui nous a été rendu
possible grâce au trek d'acclimations.
Nous arrivons à Subash, point de départ de l'expédition, et petit village constitué de quelques maisons et yourtes, le long de la Karakorum Highway. Un vent très fort accompagne notre arrivée, ce qui ne manque pas dans ce paysage très minéral de nous ensabler et nous devons sortir le nécessaire pour nous protéger ainsi que le matériel (caméras...). De ce point de départ à 3600m, nous traverserons une plaine plutôt longue et horizontale, ponctuée de villages, pour rejoindre la moraine d'un des glaciers qui descend du Mustagh, et gravir les 800m qui nous séparent du camp de base situé à 4400 m environ.
La traversée d'un torrent à gué fut un moment épique quoique dangereux avec la froideur de l'eau.
Trois heures sont nécessaires pour rejoindre le camp de base depuis Subash. La plupart du matériel sera acheminé grâce à une caravane de chameaux.
La « logistique » est constituée d'un guide touristique (responsable du bon déroulement), d’un officier de liaison chinois (obligatoire pour toutes les expéditions), un cook pour nous concocter de merveilleux plats avec trois fois rien, un assistant cook, et pour l'arrivée et le départ au camp de base, un sirdar ou responsable des porteurs avec ses porteurs ("chameliers" pour l’occasion).
|
![]() |
![]() |
![]() |
Le camp de base est un lieu mythique et très cosmopolite ou se côtoient beaucoup de nationalités. Il est aussi un lieu prisé pour la beauté de ses glaciers et la proximité de la fameuse route de la soie « silk road ». Nous y croiserons des coréennes en expédition "lourde" (9 porteurs professionnels tibétains les accompagnerons sur toute la montagne, permettant à 5 d'entre elles de faire le sommet), des suisse allemands, des allemands, des japonais, des américains, des italiens, des français, et bien d'autres. Le lieu est très coloré par les tentes de ces expéditions, sur ce sol minéral aux couleurs chatoyantes. Le dîner d'accueil sera servi dans une yourte pour permettre à notre équipe technique de mettre au point la tente messe dont les pieds dépassent de 50 cm la longueur de la toile !! C'est ça aussi les voyages; Au menu, riz, mouton, thé au lait de yack...couleur locale...
Nous remontons aujourd'hui au C1 avec le reste du matériel (skis, peaux de phoques...), aidé par deux porteurs.
![]() |
![]() |
Le tarif "gouvernemental" est de 3 $ le kg et nous ferons porter 75 Kg.
Le temps est gris, il neige un peu, mais le vent est absent. Nous passerons le reste de la journée à « peaufiner nos appartements », suivi de notre première nuit à 5400m. Dehors il neige mais la température reste relativement clémente (environ -10°). Après avoir fait fondre beaucoup de neige, nous testons notre premier dîner "altitude" à base de lyophilisé, agrémenté de saucisson (maison !), et de viande des grisons que chacun appréciera.
Nous prendrons ce dîner tous les 5 dans la "tente de gauche" ! Les occupants ayant bien voulu accueillir les autres !
![]() |
![]() |
![]() |
Après
avoir dégagé la neige pour sortir de la tente, nous redescendons au camp de
base ou il a neigé aussi. Le contraste neige très blanche sur fond de pierrier
aux couleurs ocres est aussi surprenant que beau.
L'après-midi
sera consacrée à nous détendre, soit : lecture, siestes, et incessants vas et
viens dans les sacs à dos pour préparer les jours suivants.
![]() |
![]() |
![]() |
Aujourd'hui
il fait grand beau temps, le vent est persistant mais pas très fort, une belle
journée devant nous pour envisager la remontée au C1 et une tentative plus
haut sur la montagne. Nous monterons alors dormir au C1.
![]() |
![]() |
Journée
importante. Nous partons du C1 à 8H20 pour tenter d'équiper un camp 2 que nous
souhaitons vers 6500m; ceci devant nous permettre un assaut final sans avoir à
installer un camp 3. Ce choix arbitraire présente l'avantage de gagner du
temps, d'économiser des forces (monter un camp en haute altitude est
éprouvant, et la récupération ne se fait pas bien). En revanche,
l'inconvénient est d'allonger les marches entre camps. Après environ 4H de
marche pour faire 500m, nous décidons de couper la cordée pour que deux
personnes puissent monter au plus haut au plus vite, commencer l'équipement du
camp 2. Au prix d'un effort important, une tente sera donc installée à 6280m
environ, et une partie du matériel y sera entreposé (caisson, du gaz,
réchaud, et une autre tente). Les 3 autres coéquipiers monteront à 6100 m
(emplacement usuel du C2, pour la plupart des expéditions qui font le sommet en
3 camps), et feront un dépôt de matériel repéré par un fanion.
|
![]() |
![]() |
![]() |
Une
fois réuni, nous redescendons tous les 5 jusqu'au camp de base pour un repos
bien mérité. La soirée sera festive car l'anniversaire de l'un de nous est
organisé, ballons, cadeaux, bougies, et un formidable gâteau (fait par un cook
d’une autre expédition, le plus spécialiste en matière de gâteaux), tout
ceci arrosé de bière, agrémenterons cette fin de première semaine
"montagne".
![]() |
![]() |
Ce
jour devait être consacré à la montée au C2. Nos habituels messages du matin
sur le téléphone satellite, nous donnant la météo des jours à venir,
prédisaient du beau temps...or il neige, il neige et il neige bien ce mercredi
! Nous envoyons un message à notre routeur météo (MERCI Yann), qui nous
répondra qu'après avoir réactualisé la prévision, nous aurons ainsi de la
neige jusqu'au lendemain matin. Le doute s'installe : devons-nous tenter une
montée au C2 ou attendre que le temps ne s'améliore ? La visibilité est de
20m maximum dehors; rien ne nous inspire à prendre le risque de partir. Nous
déciderons finalement d'attendre le lendemain.
Bien
nous a pris d'attendre ! Ce matin le temps est radieux, un froid vif nous
stimule. Le lever est donné à 6H pour partir à 8H en direction du C2. Le
parcours entre les camps 1 et 2 est très crevassé, aussi c'est pour cette
raison et pour permettre de suivre un rythme lent et régulier que nous nous
installons tous sur la même corde.
![]() |
![]() |
![]() |
Nous
mettrons 6h pour atteindre les 6280m du C2. Au passages, quelques ponts se
déroberont sous les bâtons. L'altitude affectera plus fortement l'un d'entre
nous qui souhaitera abandonner, mais grâce au soutien de toute l'équipe, c'est
tous ensemble et content que nous arriverons au C2. Une fois sur place, les uns
installent la deuxième tente alors que les autres préparent de l'eau. Il nous
faut boire énormément et récupérer. Chacun trouve sa place dans
l'organisation et l'installation de ce camp et se prépare à passer une nuit
froide. Remarque: la plate-forme sur laquelle la première tente a été
installée 4 jours avant s'est affaissée de 30cm. Le fond de la tente ressemble
à une baignoire et il sera difficile à 3 d'entre nous de pouvoir nous y
coucher, tant la cuvette est profonde !. Pour la première fois, chacun prendra
son dîner dans sa tente (3 dans l’une et 2 de l'autre). La nuit est très
froide (environ -17° dans la tente), mais relativement clémente pour
l'altitude.
![]() |
![]() |
![]() |
LE
JOUR "J". Ciel dégagé, absence de vent, température froide (environ
-20 à -25°). Le givre scintille dans la tente et il ne faut surtout pas
secouer la toile au risque de faire tomber des milliers de paillettes de glace.
Après un réveil à 3H00, nous quittons la tente à 4h20. Toujours tous sur la
même corde, à la frontale dans la nuit et le froid, nous entamons ce qui
devrait être notre dernière montée...celle vers le sommet. La clarté est
bien reflétée par le sol.
![]() |
![]() |
![]() |
Devant
nous, environ 1250 m de dénivelé et on sait qu'il nous faudra pousser les skis
environ 10 heures.
Nous
atteindrons le sommet à 7546m vers 12h30, soit en 8h à un rythme de 150 m/h
maxi. Moment intense en émotions. Le K2 n'est pas loin. L'autre coté du
Mustagh est technique, alors que notre voie ne présente aucune difficulté si
l'on excepte les crevasses. Le temps n'est pas si froid pour l'altitude, nous
permettant ainsi de rester près d'une heure à réaliser que le rêve est
devenu réalité, à nous étreindre pour partager en équipe nos émotions, en
équipe nous sommes parti, en équipe nous vivrons ces moments forts.
![]() |
![]() |
![]() |
Chacun
ensuite profite individuellement de ce moment, dépose un souvenir ou un
"message" sur ce sommet déjà très fourni en jalons et autres
fanions. Quelques appels au téléphone satellite avec les "nôtres"
pour partager ce moment inédit.
![]() |
![]() |
![]() |
Le
temps est venu pour nous de redescendre. Le mauvais temps d'il y a deux jours
nous aura apporté une neige très fraîche...soufflée sur la calotte
sommitale, mais poudreuse ensuite. Toutefois, skier à 7000m n'est pas aussi
facile qu'à 2000 ! et il nous faut nous arrêter très fréquemment pour
récupérer. Nous rejoindrons le C2 où nous passerons 2 à 3 H pour
récupérer, faire de l'eau, et démonter le camp. En effet, nous souhaitons
revenir au C1 où l'altitude nous permet de bien mieux récupérer de cette
longue mais magnifique journée. En fin de journée, nous attendrons le C1 où
nous passerons une nuit réparatrice.
Réveil
tranquille...à 8H00. Il fait grand beau, toujours froid. A notre grande
surprise, 2 porteurs nous interpellent avec de la bière et un message de
félicitations de notre guide Mohammed "tall". Nous prendrons la
matinée pour démonter le C1, confier du matériel aux porteurs, et entamer la
descente à ski vers le camp de base.
Les
skis seront utilisés pour certains sur 300 et d'autres 600 m de dénivelé. Les
sacs n'ont jamais été aussi lourds (environ 30 Kg), ce qui rend la descente à
ski un peu "scabreuse" voire exposée. Nous arriverons tous au camp
fatigués mais heureux, comblés. L'arrivée au camp de base est festive, nous
sommes tour à tour accueilli par Mohammed "tall", Mohammed
"short", le cook, et son assistant. Ils viendront à notre rencontre
avec du coca bien frais et de la bière, et des "congratulations" à
tout va. Nous passerons l'après-midi à nous détendre mais aussi à ranger le
matériel, refaire les bidons, faire sécher les tentes, les sacs de couchage
d'altitude, cordes...
La bière accompagnera grandement ce dernier dîner au camp de base...et chacun y va de son "exploit"...en ne manquant pas d'en rajouter bien sûr..
![]() |
![]() |
|
(a) : Karakoram Highway, ou "KKH" : route qui traverse le Pakistan du nord au sud, passant par les chaînes montagnes les plus hautes du monde, et à la confluence notamment de l'Himalaya, de l'Indu-kush, et du Karakoram. Cette route est un axe vital (commerce), pour rallier les vallées du nord du Pakistan (ces régions assurent la production de pommes de terre, céréales, pommes, abricots pour les villes du centre du pays), et assurer une connexion entre le Pakistan et la Chine. Elle est sans cesse en travaux compte tenu des milliards de tonnes de pierres et de rochers qui la surplombent et qui ne cessent de tomber, surtout lors de pluies mais également de tremblement de terre. Elle sera refaite par des chinois et des pakistanais lors d'un travail titanesque qui devrait débuter en avril 2007, employant 100 000 chinois la première année, puis 400 000 les trois années suivantes !